Rencontre 6 – samedi 4 mai 2019
Salon du livre de Genève

L’auteure, la directrice d’agence et la représentante des autrices et des auteurs

La sixième et ultime rencontre du programme « De l’écriture à la promotion » s’est tenue le samedi 4 mai à l’occasion du salon du livre de Genève. Nos jeunes plumes, auxquelles se sont ajoutées deux étudiantes du Centre de traduction littéraire de Lausanne, ont eu l’opportunité d’échanger avec trois femmes aux parcours distincts, mais réunies par la même ambition : défendre, avec leurs compétences et dans leur rayon d’action, les autrices et les auteurs. Défendre et valoriser leur travail, certes, mais également protéger leurs droits et leur faire prendre conscience des responsabilités qui incombent aux maillons constitutifs de la chaîne du livre.

Trois femmes donc. Auteure et scénariste, Samantha Bailly est vice-présidente de la Charte des auteurs et illustrateurs jeunesse. En 2018, elle cofonde la Ligue des auteurs professionnels, « rassemblement inédit d’un collectif d’auteurs et d’une fédération d’organisations », tous ligués « pour sauvegarder le métier et améliorer les conditions de création de tous les auteurs ». Nicole Pfister Fetz occupe le poste de Secrétaire générale de l’AdS, l’Association des Autrices et Auteurs de Suisse, qui se veut être « la représentante des intérêts de la langue, de la création littéraire et de la traduction dans toutes les régions linguistiques de la Suisse ». Finalement, Sylvie Pereira, venue de Paris, intervenait en sa qualité de directrice générale de Trames, bureau d’édition, de communication et de cession de droits qu’elle a créé en en 2018 avec Camille Paulian, Violaine Faucon et Kinga Wyrzykowska.

Le trio fut complété par le témoignage de Camille Luscher, traductrice littéraire et membre du Comité de l’AdS. Mené par Nicolas Gary, directeur d’ActuaLitté et partenaire du programme, le débat a abordé plusieurs questions essentielles à tout-e auteur-e souhaitant vivre de son écriture et en faire son métier.

Car oui, être un-e auteur-e, c’est un métier. Être un-e auteur-e signifie que l’on a des droits, des obligations. Être un-e auteur-e implique de faire des choix, des choix de carrière, parfois complexes. Avec leur perspective, leur expérience et leur expertise, nos intervenantes de la matinée ont discuté de chiffres, d’à-valoir, de pourcentage, de protection sociale. Les échanges ont aussi permis de décortiquer les contrats entre auteurs et éditeurs et mis en lumière les différences entre la France et la Suisse.

Avec une conclusion commune : l’écrivain-e doit apprendre à se faire respecter, et à faire respecter son travail. Tout travail mérite un salaire décent et il en va de même pour la création littéraire. La Ligue des auteurs professionnels, l’Association des Autrices et Auteurs de Suisse et l’agence Trames ont vocation à accompagner les auteurs tout au long du chemin, les aider et les conseiller, afin que ces derniers puissent faire les meilleurs choix possible.

Au terme de cette aventure de sept mois, nos 10 étoiles montantes ont non seulement découvert de nouveaux lieux dédiés au livre, mais ont également approché les différents métiers du livre. Éditeurs, libraires, diffuseurs, agents, attachés de presse, critiques littéraires, journalistes, bloggeurs, écrivains confirmés, organisateurs de festivals, médiateurs: toutes et tous entretiennent des relations particulières avec les auteurs. Et toutes et tous ont un impact sur le parcours et la réussite de ceux-ci. Cette seconde édition du programme « De l’écriture à la promotion » jouera les prolongations jusqu’au 25 mai, date à laquelle nos jeunes plumes se rendront au Festival du premier roman de Chambéry. Au menu : petit déjeuner avec Boualem Sansal, président du festival, rencontre avec les libraires et échanges informels avec les artistes invités…La Fondation pour l’Ecrit remercie les organisateurs du Festival du premier roman et l’association Lectures plurielles de donner cette chance aux auteur-e-s du programme !

À suivre.

Vendre, défendre, promouvoir, démarcher, se présenter, se glisser, s’imposer, savoir, anticiper, rebondir, esquiver, louvoyer, proposer, insister, obliger, conceptualiser, nourrir, alimenter, servir, divertir, animer, jongler, …

Si on m’avait dit que l’innocent verbe écrire cache aujourd’hui cette multitude d’agonistes aux dents longues, j’aurais réfléchi à deux fois avant de pondre un livre.

Je me serais interrogée: suis-­‐je assez polymorphe pour embrasser à moi seule une dizaine de professions ? Ais-­‐je assez de verve et de suffisance pour m’auto-­‐promouvoir, m’auto-­‐supporter et m’auto-­‐proclamer? Assez de ressources et d’endurance pour m’auto-­‐subventionner, assez de souplesse pour me me réinventer, assez de talent pour me mettre en scène?

Moi, à la base, je me demandais: ais-­‐je seulement quelque chose à dire ? La mise en mot du monde que je propose, un peu malgré moi, un peu comme je peux, est-­‐elle seulement digne de voler quelques heures de la vie d’un lecteur ?

Pour ma part, la quantité me déroute. Il faut être armé – et pas seulement de patience –, pour s’y retrouver parmi les kilotonnes d’ouvrages déversés en continu dans les librairies. Moi qui aime lire (si, je vous jure…), qui cherche le texte pour le texte, je n’ai pas besoin qu’il se justifie par une raclette ou un numéro de claquettes. Pour que je lâche quelques dizaines de francs, il n’est pas nécessaire qu’on me harponne d’une pantomime, d’une revue ou d’une perfo, censée créer de toute pièce mon intérêt pour un écrit. C’est bête mais j’aimerais, que ce soit par une lecture ou une présentation informée, avoir simplement accès au texte, et pas à tout autre chose qu’à lui. Je n’ai pas besoin d’une expérience bonus, d’un spectacle en supplément, d’un forfait entertainment. En revanche, mon esprit surchargé d’être contemporain rêve secrètement d’une sélection plus serrée et pointilleuse des ouvrages en amont, peut-­‐être par les éditeurs. Il se demande souvent si c’est à lui d’opérer ce tri constant, de déployer cette vigilance de chaque instant pour éviter le texte creux, sans vision du monde, sans rapport aux mots. Parce que si, comme nombre d’arts, la littérature semble par excellence le bastion de la subjectivité, tout ne se vaut pas. Pour ma part, je préfère être lectrice dans un paysage littéraire nourricier et stimulant, qu’écrivaine sur un marché du livre saturé de fast books.

Tel que je le perçois, en multipliant les évènements para-­‐ et pseudo-­‐littéraires, on divertit (au sens 1er) les gens des textes, on dresse entre eux un écran de fumée et on les prend pour des cons. On laisse penser que le contenu n’intéresse pas, alors même qu’il est le produit qu’on vend. On abandonne au marketing le soin de régler la question littéraire, qui se confond désormais avec la promotion. Ne serait-­‐il pas temps de reparler un peu trame, langue, narration ?

Vision naïve ? Ou pire, élitiste? Plus que jamais, au terme de ce programme, je suis convaincue que non. Et qu’il est crucial d’adopter une ligne de conduite orientée sur le désir du monde tel qu’on le choisit et non sur la fatalité du monde tel qu’il est. En un mot: d’écrire.

Contemplant la pleine lune, il se répétait : « ceux qui possèdent tout ont faim plus que ceux qui ne possèdent rien. » Un instant, il crut apercevoir, sur la surface de l’astre, un lièvre s’écroulant sous la balle d’un chasseur. Alors, il ferma les yeux et une tristesse infinie arpenta son corps. Il était minuit. Le temps était sec et lourd. Tout invitait au repos, à l’assoupissement. Ses paupières étaient lourdes. Très lourdes mêmes. Pourtant, il n’avait pas sommeil. Non, il fallait qu’il expulse ce qui agitait ses entrailles, ce quelque chose d’informe qui se présentait sous les allures d’une urgence. Mais, avant de s’asseoir devant la table d’un blanc terne où il écrivait d’habitude, avant de relever l’écran de son ordinateur portable qui se mettait à ronronner après quinze minutes de marche, avant d’ouvrir un fichier et de commencer à appuyer sur les touches du clavier, il ne savait toujours pas ce qu’il devait sortir de son corps. C’est ainsi qu’elle fonctionnait chez lui, la mécanique de l’écriture : une tension irrépressible s’emparait de son être, pour le lâcher une fois qu’il avait noirci sa page. Parfois, cela lui faisait penser à une pulsion sexuelle. Oui, avoir envie d’écrire c’est comme avoir envie de faire l’amour. Être en chaleur. En proie au désir. Une fois assouvi, on se sent mieux. La lucidité revient. La clarté de nouveau habite les idées. On est sorti du tunnel.

Ce soir-là, tandis que la ville était embourbée dans l’épaisseur de la nuit, que tout invitait au sommeil, il s’installa devant son ordinateur, la lumière de l’écran le propulsa instantanément comme dans un monde parallèle, et l’image se forma en lui, avec une précision, une netteté troublante : la salle Jules Verne du Musée d’Ailleurs à Yverdon.
Elle avait le charme cosy des espaces dominés par le bois. Chaleureuse et vivante, ses volumes de science-fiction, protégés des mains curieuses par des grilles noires, remplissaient la moitié supérieure des murs. Il s’y était rendu pour une rencontre littéraire. Un programme dans lequel il avait été retenu, après avoir été recalé l’année précédente. Il déclara, quand son tour vint de se présenter : « mon rêve est d’être prix Nobel. » Personne ne réagit. Le langage non verbal ne trahit aucune pensée refoulée.
Soudain, comme un air de flûte attira son attention. On aurait dit qu’elle s’élevait au-dessus du chuchotement d’une rivière de montagne après la fonte des premières neiges. Cette sonorité tournoyait autour de lui, formant des cercles concentriques, allant et venant, s’éloignant et se rapprochant, cette sonorité comme une présence féminine que l’on devine derrière un rideau, un paravent, une présence qui bientôt se manifesterait avec un sourire timide ou coquin, cette sonorité comme un prénom qui dévoile à peine son mystère : Séraphine, murmurait-on dans les coins et recoins de son esprit.

Alors, il commença à écrire :
« Au bord du fleuve, que tu longeais depuis une journée, tu aperçus un mur qui s’enfonçait dans l’eau et se perdait dans l’infinité de l’horizon. Une porte en bois massif avec un heurtoir en bronze, verdit par le temps, se dessina sous ton regard. Tu cognas une première fois : silence. Une deux fois : de nouveau le silence. À la troisième reprise, une voix te répondit, la voix de Séraphine.

Toi

Quand est-ce que je pourrais porter mes écrits à mes semblables ?

Séraphine

Ah ! Impatient. As-tu donc oublié que Zarathoustra s’isola 10 ans avant d’affronter les hommes ?

Toi

Je dois leur porter mes écrits. Mon corps tout entier tremble d’excitation à cette seule idée. Laisse-moi entrer, je t’en prie !

Séraphine

Je te comprends. Comme je te comprends. Des milliers de gens de ton âge se sont présentés devant cette porte. À peine sont-ils entrés qu’ils ont perdu le nord. Tu dois attendre. Ton temps n’est pas venu.

Toi

Pourquoi donc ?

Séraphine

Il y a des choses que tu dois savoir avant de porter les écrits aux hommes.

Toi

Lesquelles ? Parle donc ! Afin que la lumière jaillisse dans mon esprit.

Séraphine

Ah ! Tu dois savoir un certain nombre de choses avant de franchir cette porte.
1) Il faut aimer les hommes pour vouloir leur apporter les écrits.
2) Il faut avoir le cuir épais pour encaisser leurs coups, car ils sont extrêmement méchants vis-à-vis de ceux qui leur parlent d’eux. Ne te souviens-tu pas du sort qu’ils ont réservé à Yoshua le Juif ou à Muhammad l’Arabe ?
3) Enfin, il faut savoir qu’ils peuvent te tuer à cause de tes écrits.
Telles sont les trois choses à connaître avant que tes écrits se confrontent au jugement des hommes. Alors, laisse-moi te poser ces trois petites questions : aimes-tu les hommes ? As-tu le cuir épais ? Es-tu prêt à mourir ?

Toi

Séraphine

Tu comprends donc que ton heure n’est pas venue de franchir cette porte qui t’est pourtant destinée. »

En nage, comme après une torride nuit d’amour, il referma précipitamment le clavier de son ordinateur et ouvrit la fenêtre donnant sur la rue où, à cet instant précis, un chat gris de la race angora remontait nonchalamment le trottoir d’en face. On aurait dit que le félin domestique était perdu dans les abysses insondables de son esprit. Les pensées encore troubles, il alluma une cigarette et rejeta la fumée dense en direction de la lune à présent opale. Il se sentait vidé de sa substance, un peu comme s’il avait été passé dans une essoreuse. Rêveur, il resta un instant subjugué par le sachet de McDonald’s que le vent trimbalait à gauche à droite. Il déboutonna sa chemise, s’allongea sur le canapé et chercha à s’ancrer dans le silence qui l’environnait, ce silence lourd, massif.
Soudain, au loin, la voix s’éleva. Tout de suite, il la reconnut. Comment pouvait-il se tromper ? À peine l’entendit-elle que le nom se forma au bout de sa langue : Séraphine. Encore elle, toujours elle. Comme l’oracle des Delphes qui lui poserait une énigme à résoudre. De nouveau, la pulsion traversa son ventre et puis son tronc. D’un bond, il se redressa et fonça vers la table de travail.
Après avoir bu une gorgée d’eau, il continua d’écrire :
« En ce temps-là, l’enfant que tu étais était déjà adulte. Tu aimais t’asseoir au bord du fleuve et laisser tes pensées ricocher sur les vaguelettes formées par le courant. C’est ainsi que tu fus ensorcelé par le chant sublime des sirènes. Des visions de palais, de jardins luxuriants, d’oasis, de femmes à la beauté équivoque habitèrent ton esprit. Il fallait que tu partes, au loin, pour réaliser ton destin. Alors, tu dis à ton père :
– Père, l’heure est venue pour moi d’embrasser le monde. Je vais être celui que je dois être. Je vais être écrivain.
Tu marchas trois jours et trois nuits, tu traversas villes et campagnes, montagnes et vallées, ruisseaux et rivières. Tu découvris que certains hommes avaient conservé le sens de l’hospitalité. Enfin, tu arrivas devant une porte surveillée par une femme à la chevelure courte et blonde, au regard pétillant, aux traits souriants.
– Mon nom est Séraphine. Je suis la gardienne de cette porte. Que cherches-tu ?
– Laisse-moi passer, lui répondis-tu, je veux être écrivain.
– Avant d’adopter une profession, tu dois d’abord la connaître. Va, et reviens lorsque tu maîtriseras les dix principes qui la guident. Tu me trouveras assise ici même à t’attendre.
Suivant le conseil de Séraphine, tu partis à travers les routes du monde. Sur la place d’un marché, tu rencontras un écrivain public, qui mettait en écrit les paroles de ses clients.
– C’est quoi un écrivain ? lui demandas-tu.
– Un écrivain, c’est celui qui crée du beau en combinant les mots des autres, telle fut sa réponse.
Insatisfait, tu poursuivis ton chemin et bientôt, dans une taverne, tu tombas sur un second écrivain :
– Mais non, tonna celui-ci, un écrivain n’est pas un faiseur de beau. Il est un faiseur de sens.
Perplexe, l’aspirant que tu étais se rendit chez un troisième écrivain. Il était paralytique et habitait une cabane dans la montagne. Celui-ci te dit : « L’écriture est un art magique. L’écrivain c’est celui qui révèle les hommes à eux-mêmes grâce aux mots.
– Comment est-ce possible ? te hasardas-tu.
– Parce qu’il leur rappelle que sans la liberté ils ne sont rien. »
Tu rentras dans la maison de ton père et te couchas sans manger. Le lendemain, à l’aube, tu te levas au premier chant du coq. La nuit t’avait porté conseil. « Je vais me consacrer aux travaux des champs comme mon père », te dis-tu, une espèce de satisfaction niaise illuminant ton regard. »

Cette histoire aurait pu se terminer à cet endroit, pour la simple et bonne raison qu’il ne savait pas comment la continuer. Il eut beau fumer clope sur clope, défier le silence des lampadaires, sonder la lune, lointaine et mystérieuse, la fin se refusait désespérément à lui. Il essaya de recomposer dans son esprit le visage de l’aspirant, mais ce dernier s’évanouissait lorsqu’il croyait l’avoir fixé. Quant à la gardienne de la porte, c’était peine perdue. Par contre, sa courte chevelure blonde et son sourire lui étaient restés en mémoire. Son corps tout entier était tendu vers l’attente, l’attente de cette inspiration fulgurante qui libérerait sa plume. Il savait qu’il ne réussirait pas à trouver le sommeil. Dans quelques heures, il devrait se rendre à son travail. Pour se donner bonne conscience il affirmait que c’était un emploi alimentaire, seule comptait l’écriture, le royaume céleste de l’écriture. Pourtant, cette écriture à laquelle il consacrait des heures interminables ne lui rapportait que des miettes et quelques invitations à des apéritifs cossus, organisés en marge des rencontres littéraires. Pourquoi ne pas d’ailleurs le dire, il allait à ces rencontres pour cette dernière raison.
Alors, il enfila un blouson et sortit dans la nuit déployée. Dans ce pays où il ne se passe jamais rien, mais où les gens ont peur pour un rien, il savait que rien, absolument rien ne viendrait surprendre la quiétude de cette lourde nuit. Mais, il fallait qu’il marche, qu’il s’oxygène. Il arpentait les rues depuis quinze minutes, ne pensant strictement à rien, écoutant seulement le bruit de ses pas mélancoliques sur l’asphalte, quand la fin de l’histoire surgit brutalement dans son esprit. Il rebroussa chemin, en vitesse, et ouvrit son ordinateur, essoufflé, les vêtements humides.
Puis, il continua à écrire :
« D’abord, tu avais agi par curiosité. Puis, tu t’étais cherché des maîtres. Mais, ce que tu quêtais à l’extérieur de toi se trouvait à l’intérieur. Alors, pendant cinq jours et cinq nuits tu t’isolas dans la forêt, et tu finis par concevoir les dix principes. De nouveau, tu arpentas les routes sinueuses du monde. Tu arrivas enfin devant la porte où se tenait Séraphine, le sourire intact, épargné par le temps. Quant à toi, tu avais atteint cet âge où un homme devient chef de famille.
Tu parlas le premier :
– J’ai trouvé les dix principes, ô gardienne de la porte.
– Je t’écoute, rétorqua-t-elle.
Tu commenças à énumérer :
1) Bien choisir son éditeur. Il doit savoir mieux que soi ce que l’on veut écrire.
2) Cultiver son excentricité. Là réside sa vérité.
3) Ne pas chercher à être aimé. Mais, à être compris.
4) Se souvenir que son urgence est d’écrire et non de publier.
5) Croire en soi. L’ambition doit être son moteur.
6) Être généreux vis-à-vis des autres auteurs. C’est le signe d’une grande âme.
7) S’attacher à toujours écrire la vérité. Celle que ses yeux et son intelligence donnent à voir et à comprendre.
8) Écrire pour ses contemporains, mais aussi et surtout pour les générations à venir.
9) Ne pas oublier que l’écriture est également une activité économique. Essayer de gagner de l’argent avec.
10) Être prêt à bousculer ses habitudes, ses certitudes. Un écrivain est un explorateur de l’âme.
– Bravo, je suis contente de toi, réagit Séraphine avec enthousiasme. Tu peux entrer. À présent, tu peux franchir cette porte que toi seul pouvais franchir.
Une fois à l’intérieur, tu n’hésitas pas à lui demander :
– Les dix principes que j’ai cités, étaient-ce vraiment ceux que tu attendais de moi ?
– Tu as dit que ce qu’il fallait puisque ça venait de toi. Maintenant, va, va apporter tes écrits aux hommes. »
La lune avait disparu. Le ciel peu à peu s’était éclairci. Il alluma la machine à café et se coula un ristretto, avant de foncer sous la douche. Il ne savait pas comment il allait tenir durant cette journée. Si ça ne dépendait que de lui, il aurait envoyé bouler son manager. Mais, il avait vachement besoin de cet argent. Alors, il prit les traits de celui qui était content de son sort. Quand il piquait du nez, la salle Jules Verne du Musée d’Ailleurs à Yverdon se recomposait aussitôt dans son esprit. Elle était habitée par une voix, une voix de femme, celle de Séraphine.