Effet papillon, trois états d’âmes

Par Violette E. Mandry

« Même pour le simple vol d’un papillon tout le ciel est nécessaire », Paul Claudel

[…] Je lui exprimerai avec nostalgie quel bonheur c’était de sentir un soleil agréable sur ma peau blanche, l’odeur des bouquets de lavande, le bourdonnement des abeilles et la beauté des morosphinx, vulcains, paons du jour et grandes tortues dont les battements d’ailes rapides et légers avaient le pouvoir de créer un typhon à l’autre bout du monde. Je lui conterai mon regret de ne pouvoir voir ces petits êtres insouciants non plus dans la nature devenue trop aride, mais dans les musées, dans les parcs recréant des biotopes et dans certaines oeuvres d’art produites par un petit groupe d’artistes hollandais au 17ème siècle que presque personne ne connaît. Je lui expliquerai que l’être humain, s’il a échoué à préserver ces animaux vitaux pour tous les organismes peuplant la terre, il aura au moins préservé les vieilles natures mortes, les collections de spécimens séchés, enfermant le passé derrière des vitres intouchables. En cela, ces kleptomanes amateurs qui, comme le célèbre écrivain Vladimir Nabokov, entomologiste enthousiaste à ses heures perdues, ont réuni dans un espace clos des centaines d’espèces de lépidoptères représentant l’incroyable diversité biologique de la nature devenue rare à l’état naturel ne sont sûrement pas les seuls à blâmer.

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